La loi de Blondel est la règle la plus citée dès qu’il est question d’escalier, et l’une des plus mal employées. On la trouve invoquée dans des cahiers des charges industriels, sur des plans d’accès technique, parfois dans des mémoires techniques de marchés publics , alors qu’elle a été formulée pour le confort de marche d’un escalier d’habitation.
La confusion coûte cher au moment de la réception. Un escalier de service dimensionné selon Blondel occupe une emprise au sol considérable, souvent incompatible avec un local technique. À l’inverse, un escalier d’établissement recevant du public conforme à Blondel peut très bien être refusé, parce que la réglementation accessibilité impose des valeurs que la formule ne garantit pas.
Cet article pose la formule, son statut juridique réel, et surtout la question que les guides en ligne évitent : quel référentiel s’applique à votre escalier, et à partir de quand Blondel cesse d’être la bonne référence.
À retenir
- La formule de Blondel s’écrit 2h + g, avec h la hauteur de marche et g le giron, pour un résultat compris entre 60 et 64 cm.
- Blondel est une règle de confort, pas une norme opposable , aucun texte réglementaire ne l’impose en tant que telle.
- En établissement recevant du public, ce sont les valeurs de la réglementation accessibilité qui s’imposent, et elles sont plus contraignantes que la formule.
- Sur un escalier industriel ou un accès technique, Blondel cesse d’être pertinente : le référentiel est la norme NF E85-015.
La formule de Blondel et sa plage de conformité
Formulée au XVIIe siècle par l’architecte Nicolas-François Blondel, la règle part d’une observation simple : le pas d’un adulte se raccourcit quand il monte. Elle relie donc la hauteur de marche et le giron, c’est-à-dire la profondeur de la marche mesurée d’un nez de marche au suivant.
L’expression courante est 2h + g, où h désigne la hauteur de marche et g le giron. Le résultat, appelé pas de foulée, doit se situer entre 60 et 64 cm pour qu’un escalier soit jugé confortable. En deçà, l’escalier oblige à des pas trop courts et devient fatigant ; au-delà, l’enjambée est trop grande et l’escalier devient dangereux à la descente.
Un exemple de calcul
Prenons une hauteur à franchir de 2,70 m entre deux niveaux finis. En retenant 16 marches, la hauteur de marche s’établit à 168,75 mm. Avec un giron de 280 mm, le pas de foulée vaut 2 × 168,75 + 280, soit 617,5 mm : l’escalier est dans la plage.
En passant à 15 marches, la hauteur monte à 180 mm et le pas de foulée à 640 mm avec le même giron. L’escalier reste tout juste conforme mais devient nettement plus raide. C’est cet arbitrage entre nombre de marches, confort et emprise au sol que la formule permet de trancher, le reculement, c’est-à-dire la longueur occupée au sol, augmentant mécaniquement avec le giron.
La loi de Blondel est-elle une obligation légale ?
Non, et c’est le point que la quasi-totalité des contenus disponibles laisse dans le flou. Aucun texte réglementaire français n’impose la formule de Blondel en tant que telle. Il s’agit d’une règle de l’art, un critère de confort validé par l’usage, que les professionnels appliquent parce qu’il produit de bons escaliers, pas parce qu’un texte l’exige.
Cette distinction a une conséquence pratique directe. Respecter Blondel ne garantit pas la conformité d’un ouvrage, et ne pas la respecter ne constitue pas en soi une non-conformité. Ce qui est opposable, ce sont les textes qui s’appliquent au bâtiment concerné, et ils diffèrent selon que l’escalier dessert un logement, un établissement recevant du public ou un lieu de travail.
Une confusion mérite au passage d’être levée, parce qu’elle revient souvent dans les cahiers des charges. La norme NF P01-012 est régulièrement citée à l’appui d’un dimensionnement de marches : elle porte en réalité sur les dimensions des garde-corps et des rampes d’escalier, c’est-à-dire sur la protection contre les chutes, et non sur le rapport entre hauteur de marche et giron.
Quel référentiel s’applique à quel escalier ?
La bonne question n’est donc pas « mon escalier respecte-t-il Blondel ? », mais « quel texte s’applique à mon escalier ? ». Trois familles se distinguent, avec des exigences de nature différente.
Le tableau croisé usage, référentiel, exigence
| Type d’escalier | Référentiel applicable | Nature de l’exigence | Blondel |
| Logement individuel privatif | Règles de l’art, documents techniques unifiés | Confort et sécurité d’usage, pas de valeur imposée | Référence pertinente |
| Partie commune d’habitation collective | Réglementation accessibilité du bâtiment d’habitation | Valeurs dimensionnelles imposées | Insuffisante seule |
| Établissement recevant du public | Réglementation accessibilité des ERP | Hauteur de marche et giron imposés, main courante, éveil de vigilance | Insuffisante seule |
| Lieu de travail | Code du travail | Sécurité des circulations, protection contre les chutes | Insuffisante seule |
| Escalier industriel, accès technique | NF E85-015, NF EN ISO 14122-3 | Pente, dimensions et garde-corps adaptés à un usage technique | Non applicable |
En établissement recevant du public, la réglementation accessibilité fixe des valeurs précises de hauteur de marche et de giron, plus contraignantes que la simple plage de Blondel, et impose des dispositifs que la formule ignore complètement : main courante continue, contraste visuel du nez de marche, et bande d’éveil de vigilance en haut de volée, relevant de la norme NF P98-351 sur les dispositifs podotactiles.
Escalier métallique industriel et accès technique, là où Blondel ne s’applique plus !
C’est le cas le moins traité en ligne, et pourtant le plus fréquent sur un site industriel. Un escalier qui dessert une passerelle de maintenance, une plateforme technique ou le dessus d’une cuve ne répond pas aux mêmes contraintes qu’un escalier de circulation. Il est emprunté par des opérateurs équipés, quelques fois par jour, dans un volume contraint.
Appliquer Blondel à ce type d’ouvrage conduit à une impasse géométrique. Un escalier confortable au sens de la formule présente une pente modérée et consomme donc une emprise au sol importante, celle dont on ne dispose précisément pas dans un local technique encombré de réseaux et de machines.
Le référentiel adapté est la norme NF E85-015, qui traite des moyens d’accès permanents aux installations industrielles : escaliers, échelles à marches et garde-corps. Elle raisonne par plages d’inclinaison, en distinguant l’escalier de l’échelle à marches. C’est ce texte qui encadre la conception d’un escalier métallique industriel ou d’une passerelle métallique industrielle d’accès technique. La norme NF EN ISO 14122-3 couvre un périmètre proche pour les accès aux machines.
Nous détaillons ce référentiel et ses plages d’inclinaison dans un article dédié à la norme NF E85-015. La règle de partage est simple : dès que l’escalier relève d’un accès technique et non d’une circulation, c’est ce texte qui s’applique, et Blondel sort du raisonnement.
Blondel dans un cahier des clauses techniques particulières
Sur un marché public, la formule apparaît régulièrement dans les pièces écrites, et sa présence mérite d’être lue avec attention. Un cahier des clauses techniques particulières qui prescrit « escalier conforme à la loi de Blondel » sans autre précision laisse en réalité l’essentiel indéterminé, puisque la formule ne dit rien de la largeur de volée, du garde-corps, de la main courante ni de l’accessibilité.
Pour un candidat, l’enjeu est double. Il faut d’abord identifier le texte réellement applicable au bâtiment, qui prime sur la mention de Blondel. Il faut ensuite le signaler au maître d’œuvre au stade de la consultation plutôt qu’à la réception : une prescription incomplète relevée tôt se traite par une question écrite, relevée tard elle se traite en réserve.
C’est cette lecture des pièces écrites qui distingue un lot serrurerie bâtiment exécuté sans réserve d’un lot repris après passage du contrôleur technique. Elle suppose de savoir lire un cahier des clauses administratives particulières autant qu’un plan.
Que faire quand la configuration ne permet pas de respecter Blondel ?
La situation est courante en rénovation, où la trémie existante et la hauteur sous plafond sont imposées. Trois leviers se présentent avant de renoncer.
Le premier consiste à jouer sur le nombre de marches, qui modifie la hauteur unitaire et fait souvent rentrer le pas de foulée dans la plage. Le deuxième consiste à ajouter un nez de marche, qui augmente la surface d’appui du pied sans allonger le reculement. Le troisième consiste à modifier la géométrie de la volée, en introduisant un palier intermédiaire ou des marches balancées qui redistribuent l’emprise au sol.
Si aucun de ces leviers ne suffit, il reste à vérifier l’essentiel : l’ouvrage respecte-t-il le texte qui lui est opposable ? Un escalier légèrement hors plage Blondel mais conforme à la réglementation applicable est réceptionnable. L’inverse ne l’est pas. C’est la hiérarchie qu’il faut garder en tête et que l’échappée, la hauteur libre au-dessus des marches, vient compléter, puisqu’un escalier confortable sous lequel on se cogne reste inutilisable !
Vérifier le référentiel avant de dessiner
Blondel reste un excellent outil de conception, à condition de savoir ce qu’il est : un critère de confort, utile en habitation et en circulation courante, muet sur la conformité réglementaire et inadapté à l’accès technique. La première question à se poser sur un projet n’est pas la valeur du pas de foulée, mais le texte qui s’applique au bâtiment.
Métallerie Normande conçoit, fabrique et pose ses ouvrages depuis 1988, depuis son atelier de 950 m² à Val-de-Reuil dans l’Eure. Certifiée ISO 9001 et MASE, l’entreprise intervient sur toute la Normandie et l’Île-de-France limitrophe avec huit équipes de pose autonomes, de jour comme de nuit.
Concevoir un escalier conforme en Normandie et sur l’axe Seine
Les escaliers que nous fabriquons se répartissent entre deux mondes qui n’obéissent pas aux mêmes textes. D’un côté, les escaliers de circulation pour les collectivités normandes et les établissements recevant du public, où l’accessibilité commande. De l’autre, les escaliers et passerelles d’accès technique pour l’industrie pharmaceutique, cosmétique et agroalimentaire de la Vallée de Seine, où c’est la NF E85-015 qui fait référence.
Identifier le bon référentiel dès la conception évite la reprise après passage du contrôleur technique. C’est le premier point que notre bureau d’études vérifie sur un dossier entrant, avant même de chiffrer. Sur le choix du type d’ouvrage et de son budget, notre guide d’achat de l’escalier métallique industriel complète cette approche réglementaire.
Notre bureau d’études vérifie ce point sur chaque dossier entrant, et vous répond avec un devis sous 48 à 72 heures à partir de vos plans DXF ou de vos plans cotés.
Un escalier métallique à concevoir ou à mettre en conformité ?
Transmettez-nous vos plans et la destination de l’ouvrage. Nous identifions le référentiel applicable et vous remettons un devis sous 48 à 72 heures.
➜ Demander mon devis sous 48-72h
Réponse de notre bureau d’études · Traçabilité matière fournie
FAQ – La loi de Blondel
Non. Aucun texte réglementaire français ne l’impose en tant que telle. Il s’agit d’une règle de l’art, un critère de confort validé par l’usage. Ce qui est opposable, ce sont les textes applicables au bâtiment concerné : réglementation accessibilité pour un établissement recevant du public, Code du travail pour un lieu de travail, NF E85-015 pour un accès technique industriel. Respecter Blondel ne suffit donc pas à rendre un escalier conforme.
Non. Un escalier d’accès technique, desservant une passerelle de maintenance ou une plateforme, relève de la norme NF E85-015, qui traite des moyens d’accès permanents aux installations industrielles, et de la NF EN ISO 14122-3 pour les accès aux machines. Ces référentiels raisonnent par plages d’inclinaison et admettent des pentes bien plus raides que Blondel, précisément parce que l’emprise au sol est contrainte et l’usage occasionnel.
La formule s’écrit 2h + g, où h est la hauteur de marche et g le giron, mesuré d’un nez de marche au suivant. Le résultat, appelé pas de foulée, doit être compris entre 60 et 64 cm. En dessous, les pas sont trop courts et la montée devient fatigante ; au-dessus, l’enjambée est trop grande et l’escalier devient dangereux à la descente.
Trois leviers avant de renoncer : modifier le nombre de marches, ce qui change la hauteur unitaire et fait souvent rentrer le pas de foulée dans la plage ; ajouter un nez de marche, qui augmente l’appui du pied sans allonger le reculement ; introduire un palier intermédiaire ou des marches balancées pour redistribuer l’emprise au sol. Si rien ne suffit, vérifiez la conformité au texte réellement opposable : un escalier hors plage Blondel mais conforme à la réglementation applicable reste réceptionnable.
Cela dépend de la destination de l’ouvrage. Pour un escalier de circulation en établissement recevant du public, la réglementation accessibilité prime, complétée par la NF P01-012 pour les garde-corps et rampes et par la NF P98-351 pour la bande d’éveil de vigilance en haut de volée. Pour un accès technique industriel, la référence est la NF E85-015. Prescrire « conforme à la loi de Blondel » sans autre précision laisse indéterminés la largeur de volée, le garde-corps et l’accessibilité.